Chief Climate Officer : intitulé branché ou évolution profonde du poste de Responsable Développement Durable ?

Dans cet article, nous vous partageons notre vision sur le périmètre de responsabilités d'un.e Chief Climate Officer et de son articulation avec le ou la Responsable Développement Durable. Bonne lecture !

Le périmètre d’un Chief Climate Officer

Le poste de Chief Climate Officer n’est pas encore un poste standard que l’on trouve dans les entreprises, qui s’appuient aujourd’hui sur leurs Responsables Développement Durable pour porter la totalité de leur stratégie RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Mais pourquoi ne pas directement dédier un poste de l’organisation au climat ? On a le droit de rêver non ? C’est gratuit, écolo, et parfois cela permet d’avancer.

Les interfaces de l’entreprise avec le climat sont multiples et peuvent être dissociées en deux catégories : d’un côté tout ce qui relève de l’impact du climat sur l’activité de la structure, et de l’autre l’impact de la structure elle-même sur le climat, via ses émissions de GES (Gaz à Effet de Serre).

L’impact du climat sur l’activité est de premier intérêt pour l’entreprise qui devra développer sa résilience au climat afin de pérenniser son activité, notamment dans un contexte de dérèglement climatique. De même, son bilan carbone est évidemment une responsabilité fondamentale de l’organisation, particulièrement dans un contexte d’intégration des externalités dans les bilans financiers (voir Metigate pour plus d’informations).  

Le ou la Chief Climate Officer serait donc le garant de ces actions en interface avec le climat ; aboutissement naturel du périmètre d’un.e Responsable Développement Durable.

Et le ou la Responsable Développement Durable dans tout ça ?

Selon l’Apec, le ou la Responsable Développement Durable « initie, pilote, supervise, contrôle, fait évoluer et représente la stratégie développement durable de son entreprise ou de son organisation. Il s'attache à faire progresser les aspects environnementaux, éthiques, sociaux et de gouvernance à tous les niveaux de la structure ». 


Nous pouvons tout de suite remarquer qu’on ne parle pas que de climat, mais de progrès sur les aspects environnementaux, et surtout éthiques, sociaux, et de gouvernance. C’est un poste large, qui donne l’impression de porter toute l’ambition d’impact positif que souhaite avoir une entreprise. Une lourde tâche… notamment en considérant les obligations de vérifications de conformité des comportements de l’entreprise, de ses dirigeants et de ses salariés aux normes juridiques et éthiques qui leur sont applicables, qu’on appelle la compliance (définition officielle de l’association Le Cercle de la Compliance).


Et c’est toute la subtilité des postes actuels de Responsable Développement Durable, qui d’une entreprise à l’autre, sont plus ou moins dédiés à la compliance ou à la stratégie de l’entreprise. Un dilemme très bien expliqué par Fabrice Bonnifet, alors Président du C3D (Collège des Directeurs du Développement Durable) et Directeur Développement Durable du Groupe Bouygues, dans un article des Echos en 2019 : « Le métier de responsable développement durable (DD) ou de la Responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est clé pour transformer l’entreprise, si et seulement si la personne qui endosse ce rôle sait changer de dimension : passer d’un rôle centré sur la compliance à une vision basée sur le développement durable intégré à la stratégie. »

Des postes complémentaires

En ajoutant la résilience au climat et la responsabilité du bilan carbone à l’organisation, la recherche et le déploiement d’actions pour une meilleure performance environnementale devient concrète et intégrée à la stratégie de l’entreprise ; ces deux éléments impactant directement sa performance. 

Il manque en effet au Responsable Développement Durable une mission palpable et visible pour toute l’entreprise, au niveau opérationnel et financier, qui pourrait être portée par le Chief Climate Officer. Il serait peut-être même intéressant d’assumer la dissociation des actions opérationnelles et stratégiques au profit de l’environnement, des actions de pure compliance. Pourquoi ne pas transformer le poste de Responsable Développement Durable en un poste de Chief Compliance Officer (encore un CCO…) ? Isoler les enjeux climat serait la garantie de rendre la stratégie développement durable bien plus opérationnels et intégrée à l’entreprise.

Souvent débattue en raison de son périmètre davantage concentré sur la compliance plutôt que sur la stratégie et les processus opérationnels de l’entreprise, il manque à la fonction de Responsable Développement Durable deux responsabilités fortes pour revenir au cœur des enjeux de l’entreprise et accélérer la transition : piloter la résilience de la structure au dérèglement climatique, et améliorer son bilan carbone qui sera intégré au bilan financier. Ce périmètre pourrait même être porté par un Chief Climate Officer, associé directement à la gouvernance de l’entreprise via sa participation au Comité Exécutif, et non via la création de ce poste au sein d’une Direction RSE. Une gouvernance que nous savons ô combien essentielle dans les choix d’orientation environnementale des entreprises.