Adaptation au changement climatique

Suite à la publication du dernier rapport du GIEC, de nombreuses synthèses de qualité ont déjà été faites, analysant les risques du changement climatique par continents et les efforts d’adaptation nécessaires pour nos sociétés. Frédéric Schorgen, consultant en transition écologique et dans l'Indice de Résilience Climatique, nous explique tout !

Des voies d'adaptation face à la crise inflationniste

Je vais ici me concentrer sur les voies d’adaptation des entreprises européennes au changement climatique et à la crise inflationniste actuelle.


Le constat est à mes yeux assez simple et implacable : pour continuer à exister dans 5 à 10 ans, la plupart des entreprises doit transformer son modèle d’activité vers la durabilité et repenser son offre de produits/services, en ajoutant à son pilotage économique actuel la prise en compte des contraintes environnementales et des besoins des populations les moins favorisées.


Un contexte inflationniste qui augmente les coûts des entreprises


Analysons les grands bouleversements mondiaux depuis la crise du Covid : nous assistons à une désorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales et à des tensions sur le prix et la disponibilité des énergies et matières premières (mises en lumière et accélérées par la guerre en Ukraine).

Observons l’évolution récente des coûts de certaines matières premières pour les entreprises (sources et méthode détaillées en fin d’article) :

Pour de nombreuses ressources, la hausse des prix est déjà largement supérieure à celle de la période 2011/2013 (plus au niveau connu après la crise financière de 2008) et va probablement s’amplifier pendant de nombreux mois au minimum.

Le retour durable à des ressources bon marché ne se produira probablement pas :

  •  raréfaction des ressources énergétiques, minérales et agricoles
  • recentrage des pays sur leurs besoins internes avant d’envisager l’exportation
  • besoins de transition énergétique
  • renforcement des régulations environnementales pour contraindre les entreprises à l’adaptation et éteindre l’incendie sur le climat et la biodiversité.

Le dérèglement climatique amplifiera la crise actuelle, citons quelques impacts des risques physiques qu’il engendre. Sécheresses, pluies torrentielles et tempêtes entrainent de manière croissante :

  •  des rendements agricoles en forte baissedes mines inondées et une instabilité sur la disponibilité des métaux
  • des infrastructures logistiques sinistrées et des échanges internationaux perturbés

Je ne détaillerai pas ici les impacts de la chute de la biodiversité mais ils se cumulent aux perturbations du climat, avec de forts impacts pour le secteur agro-alimentaire par exemple (baisse de la fertilité des sols, de la pollinisation).

Un impact économique qui pèse sur les entreprises et les citoyens


Ces contraintes économiques qui pèsent déjà sur les entreprises pèsent aussi sur leurs clients, qui ne peuvent pas payer tout plus cher, surtout avec des salaires qui ne suivent pas l’inflation :


ils recentrent donc leurs moyens financiers sur leurs besoins prioritaires (se nourrir, se loger et se chauffer, se déplacer sans carburant si possible)

et pour ceux qui peuvent se le permettre sur des achats qui offrent des perspectives de résolution des crises environnementales, améliorent leur qualité de vie ou limiteront leurs dépenses à moyen terme (consommer des aliments produits dans de bonnes conditions sociales et environnementales, isoler son logement et remplacer sa chaudière à gaz par une pompe à chaleur).


S’enclenche alors un cercle vicieux si l’entreprise ne s’adapte pas à ce nouveau contexte et n’entame pas une transition environnementale et sociale et profonde :

S’en suit une dégradation de l’entreprise (performance économique, conditions de travail) puis à moyen terme sa disparition ou son rachat par un concurrent mieux adapté aux enjeux actuels.

Quelles voies d’adaptation pour les entreprises ?

Une autre voie est possible et permet de bénéficier à l’entreprise et à la collectivité en même temps (retombées économiques et impacts sociaux et environnementaux positifs) :

Les principales voies d’adaptation des entreprises semblent être :

  • la réduction de leur empreinte environnementale (décarbonation, éco-conception, circularité des matériaux, solutions fondées sur la nature) qui réduit leurs coûts ou évite leur hausse inexorable
  • l’amélioration forte de la qualité des produits qui resteraient à des prix abordables via une durée de vie rallongée ou un modèle de location plutôt que de vente (réemploi, économie de la fonctionnalité)
  • le développement d’offres plus simples, avec moins de gadgets technologiques mais avec de bons standards sociaux/environnementaux, accessibles à plus de clients dont le pouvoir d’achat se contracte (gammes spécifiques à faible marge, low tech, entreprises sociales)

Pour illustrer l’intérêt de ces voies, voici comment évolueraient les tendances des prix de vente de ces offres :

L’investissement dans la transformation est urgent et sera plus difficile s'il est retardé

Cette transition écologique et sociale des entreprises et des modes de consommation nécessitera des investissements (recherche et innovation, infrastructures, formation des employés, communication auprès des clients). Ces coûts peuvent paraître difficilement soutenables pour certaines entreprises dans le contexte actuel, mais il faut bien avoir en tête que ces efforts d’adaptation auront un coût beaucoup plus faible que la dégradation économique promise par l’immobilisme et une planète en surchauffe !

De plus, si l'investissement est retardé, il sera plus couteux et complexe à réaliser (énergie insuffisante, épuisement des ressources naturelles, contexte social dégradé).

Il est donc grand temps d’entrer ensemble dans le 21e siècle en conditionnant la performance économique aux meilleurs standards environnementaux et sociaux, c’est pour maintenant et retarder l’action de quelques années supplémentaires augmentera les obstacles à surmonter !